Paul Sailly dans le film "La femme enfant"

Daniel Sailly, acteur Longiprate

M. Daniel Sailly tenait le bar des Pêcheurs dans la grande rue, son père avant lui et son fils Jean-Paul encore aujourd’hui.
Mon père Georges Bailly et Daniel, étaient amis dans leurs jeunesses, ils se sont retrouvés en même temps à Dakar au Sénégal au début des années 1950, par hasard sans doute

3 photographies de Georges Bailly et Daniel Sailly à Dakar au Sénégal

C'est l'histoire d'un film.

C'était en 1979, en novembre...

Souvenirs d'adolescence

C’était en 1979 ou début 1980, je travaillais déjà à l’hôtel Picardie. J’étais jeune, 15 ou 16 ans, j’avais entendu des conversations, un film serait tourné à Longpré, dans le marais, c’était un peu flou et cela ne m’intéressait pas vraiment, à l’époque le cinéma ça ne voulait pas dire grand-choses pour moi du moins ce n’était pas concret.
Quelques semaines plus tard, la conversation est revenue et je sentais la déception sur Dominique apparemment il n’avait pas réussi à obtenir la formule hôtelière pour l’équipe de tournage du film, une vingtaines de personnes a coucher et en restauration, mais aussi une vedette internationale, mais Dominique et Lucien en avait fait leur deuil. Ils allaient aller à Condé-Folie,je ne sais plus chez qui! Apparemment leur budget était un peu juste.

L'hôtel Le Picardie en 1980

Une fin d’après-midi d’hiver, 2 ou 3 jours plus tard, je rentrais du travail, l’air était frais et la nuit tombait doucement, du bout de la rue, j’ai vue un gros 4×4 garé devant la maison du 17 rue des fusillés, je me suis dit, tiens encore un gars en panne.
Je suis entré dans notre cour et j’ai regardé machinalement ce bolide qui me paraissait énorme, il y avait au moins 6 personnes à l’intérieure, il faisait des grands gestes avec leurs bras et 3 personnes en sont sorties, ils parlaient une langue étrangère, il y avait un type blond qui faisait le chef et qui donnait des ordres aux deux autres, il m’a regardé et est remonté dans la voiture.
Moi le curieux, j’ai regardé ce qu’ils faisaient, en fait ils repartent une roue crevée. Ca à été rapide, ils sont reparti en traversant le passage à niveau vers Condé.

Le lendemain j’ai raconté cette histoire à Dominique et m’a dit que le blond qui baragouiné était en fait Klaus Kinsky l’acteur avec son équipe et qu’ils allaient tourné une scène dans une hutte des marais le lendemain, et que si je voulais il m’enmenerais avec lui pour voir ça, parce que M. Daniel Sailly tournait dans cette scène avec eux au bout de l’étang des Trentes.
Nous y sommes allés comme prévus le matin, il faisait froid et l’étang était gelé, et je crois qu’il été tombé de la neige dans la nuit, en fait on a rien vue, et on est repartie parce qu’il y avait du travail, le service du midi a préparer.
Je n’ai jamais vue le film, je revois toujours cet instant étrange, cette voiture énorme garée devant la maison et ce regard d’une vedette sur moi.

Eric-Adrien Bailly

LA FEMME ENFANT de Marie Billetdoux

Film Français avec Klaus Kinsky, Pénélope Palmer, Michel Robin et en guest star Daniel Sailly... Un certain regard - Festival de Cannes 1980.

Affiche du film "La Femme Enfant" en 1980
Affiche du film "La Femme Enfant" en 1980
Image extraite du film "La Femme Enfant"
Image extraite du film "La Femme Enfant"

L'histoire du film...

Image extraite du film "La Femme enfant"
Image extraite du film "La Femme enfant"

Elisabeth va bientôt avoir quatorze ans. Ses parents tiennent un salon de coiffure dans un petit village du Nord. Un lien étrange et secret lie Élisabeth et Marcel, homme de quarante ans, jardinier du Château. Marcel est muet, certains disent aussi simple d’esprit. Tous les matins en cachette, depuis trois ans et demi, Élisabeth met son réveil à sonner une heure plus tôt et passe une heure chez lui avant de se rendre à l’école.
Marcel l’aime du plus lointain de son être, il l’admire et la juge bien supérieure à lui, ce qui n’exclut pas qu’ils se livrent à des jeux amoureux très particuliers, c’est pour Élisabeth le prix de la tendresse. Ils se sont créés un univers à part où la petite fille a tour à tour, un rôle de puissance, d’autorité, qui vient calmer chez elle la souffrance causée par l’indifférence de ses parents et de soumission où elle trouve la permission de pleurer, de rire et de se comporter comme une enfant.

« Il s’agit dans ce film d’un secret de la nuit de l’enfance qu’on ne dit jamais et que la plupart du temps l’on a oublié : un jour dans la brume, une petite fille de onze ans dont les parents réservent leur amour et leurs soins à leur commerce, rencontre un jardinier de plus de quarante ans qui lui manifeste de l’intérêt. L’histoire commence trois ans plus tard. Ce n’est pas du tout, comme beaucoup de films et de livres en ont traité, le récit d’une toute jeune fille pour un adulte mais au contraire, de la fin d’une situation ambiguë qui plaisait à la petite lorsqu’elle était enfant et qui à présent, parce qu’elle va devenir jeune fille, lui pèse et l’effraie. » Raphaëlle Billetdoux

La Femme-enfant est l’un de ces films délicats et feutrés qui s’insinuent en vous pour ne plus vous quitter ; mieux qu’un chef-d’œuvre, une sorte de petit miracle d’émotion et de justesse, dont chaque élément, sans prétendre à la perfection, conspire à la réussite de l’ensemble et possède une qualité d’évidence d’autant plus prégnante que discrète.
Cette belle histoire d’amitié entre une fillette solitaire (merveilleuse Pénélope PALMER) et un jardinier muet se situe à mille lieues des fastidieuses variations sur le thème de Lolita. Le film de Raphaële BILLETDOUX, adapté de son propre roman, évite tous les pièges de la bluette pédophile pour explorer au plus profond le mystère d’une alchimie entre deux êtres exceptionnellement sensibles et douloureux, égarés dans un monde qui les dédaigne autant qu’ils s’en défient.

Le rôle du jardinier Marcel est sans conteste l’un des plus bouleversants tenus par Klaus KINSKI. Pour l’occasion, le comédien « renoue avec son passé de mime et évite tout effet facile. Pourquoi chargerait-il sa composition alors qu’un regard lui suffit pour faire saisir au spectateur tout le chagrin et toute la solitude de cet exilé de l’amour ?  Kinski montre ici de nombreuses facettes de son talent. Tendre et violent, enfantin et grave, innocent et pervers, il est constamment poignant. Du grand art. » (Philippe Rège, in « Klaus Kinski », éditions Pierre-Marcel Favre, 1987)
Contrairement à l’auteur de ces lignes, je ne vois guère de perversion chez le personnage, pas plus que dans ses relations avec la jeune Elizabeth. C’est bien au contraire la pureté de leur affection qui nous touche aux fibres ; reposant sur une tendresse instinctive, presque animale, où la sensualité est le fruit d’un accord impérieux entre deux sensibilités vibrantes plutôt que d’élans sexuels, leurs rapports sont d’une innocence absolue, presque édénique, et nous font entrevoir ce que peut être l’amour saisi à la source du cœur.

Le tournage ne refléta pas une telle harmonie, selon Raphaëlle BILLETDOUX : « Avec KINSKI, c’était un vrai cauchemar. A un moment, j’ai eu la tentation d’arrêter là, ce n’était plus possible de continuer le tournage avec lui. Par exemple, lors de la scène du bain que KINSKI prépare pour la jeune fille : elle était déjà très angoissée à l’idée de tourner une scène nue, même tournée de façon très pudique.  J’avais réduit l’équipe technique au minimum et réglé la scène de façon à ce que KINSKI lui tourne le dos (ainsi qu’à la caméra), au moment où elle devait entrer dans la baignoire. Il a alors piqué une crise : « Quoi ?! Moi tourner le dos ?! Jamais ! Et puis, je veux la voir toute nue… » Mais vous savez, KINSKI, c’est… spécial. Je veux dire, il en fait tellement pour être détestable qu’il en devient presque touchant… » (Conférence du Festival Aspect du cinéma Français ’80, juin 1980)
Par la grâce de la mise en scène, ces tensions ne se perçoivent jamais dans le film, qui demeure de bout en bout un bijou de subtilité et d’atmosphère (rarement a-t-on aussi bien filmé la campagne désolée du Nord de la France, ses nuits désertes et ses petits matins brumeux.) Mention spéciale à la sublime partition de Vladimir COSMA, qui vous hante longtemps après que se soit effacée la dernière image.
Une œuvre précieuse, dont on regrette amèrement qu’elle soit la seule de son auteure au cinéma.

Notre vedette locale et une galerie du film.

Paul Sailly dans le film "La femme enfant"
Daniel sailly dans le film "La Femme Enfant"

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